Guide de l'orthophoniste (coffret de 6 volumes)
Coll. Professions santé

Coordonnateurs : KREMER Jean-Marc, LEDERLÉ Emmanuelle, MAEDER Christine

Directeur de Collection : KOVARSKI Caroline

Langue : Français
Couverture de l'ouvrage Guide de l'orthophoniste (coffret  de 6 volumes)

Thème de Guide de l'orthophoniste (coffret de 6 volumes)

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Date de parution :
Ouvrage 1183 p. · 18x25 cm · Coffret · Quadrichromie
ISBN : 9782257206329 EAN : 9782257206329
Médecine Sciences
Née au XXe siècle, l’orthophonie s’est construite sur l’otorhinolaryngologie, la neurologie et les sciences du langage. Grâce à la médecine, les neurosciences, la linguistique, la psychologie et la pédagogie, la prise en charge des troubles et des pathologies de la déglutition, de la voix, de la parole, du langage oral et écrit, et de la communication a connu un essor considérable ces dernières années. De la démarche de prévention-dépistage jusqu’à la prise en charge en fi n de vie d’un grand nombre de troubles, les compétences de l’orthophoniste couvrent désormais tous les âges de la vie.

Les six volumes du coffret « Guide de l’Orthophoniste » couvrent l’ensemble de ces connaissances et pratiques. Cet ouvrage intéressera non seulement les orthophonistes, les étudiants en orthophonie, les médecins, mais aussi les enseignants dans les domaines des sciences du langage, des neurosciences, de la linguistique, de la psychologie et de la pédagogie.
Orthophoniste : un métier d’avenir

« L’émission du langage ressemble à la création du monde. Toute phrase que je prononce, c’est le monde qu’en la construisant je construis. »
Louis Lavelle, La Parole et l’Écriture, Le Félin, 2007.

Si le langage verbal et écrit est le propre de l’être humain, toute absence, carence et pathologie avérée, dans son apprentissage, dans sa construction, dans son développement et dans son utilisation ont, de tout temps, fasciné et interpellé médecins, pédagogues, philosophes, psychologues et chercheurs. Il suffit pour s’en convaincre d’évoquer Hippocrate et Aristote qui se sont penchés sur l’anatomie, la physiologie et la pathologie des organes de la phonation, les cailloux de Démosthène, les gestes de l’abbé de l’Épée ou les efforts d’Itard auprès de Victor, l’enfant sauvage, magnifiquement scénarisés par Truffaut. Cependant, au fil des siècles, s’est peu à peu forgée la nécessité de traiter ces « infirmités », ces « vices de la parole » comme on les qualifiait encore au xixe siècle, avec plus de cohérence et d’efficacité.

Comment faire pour remédier à cette véritable amputation de communication, de pensée et en conséquence de culture ? Quel praticien saurait prendre en charge la lourde tâche de cette « reconstruction » ? Sous quelle forme, avec quelles compétences, avec quels outils et pour quelle finalité ?

En France, au début du siècle dernier, une clinicienne, Suzanne Borel-Maisonny, phonéticienne et grammairienne de formation, allait donner définitivement ses lettres de noblesse à l’orthophonie, organiser son enseignement et sa pratique et créer le statut d’un nouvel acteur de soins, d’un nouveau professionnel de santé : l’orthophoniste !

Vous lirez, ami lecteur, dans les nombreuses pages qui suivent, l’histoire de la construction et du développement de cette discipline, éclairée d’humanisme et qui se situe entre Art et Science. Vous découvrirez son statut légal, ses nombreux champs d’intervention, ses modes d’exercice, sa démographie…

Vous comprendrez aussi l’importance et la nécessité d’une formation initiale et continue de haut niveau et les compétences particulières que la société exige de l’orthophoniste, afin qu’il puisse tenir sa place spécifique dans une politique de santé publique qui appelle à l’excellence. Contentons-nous, dans cette préface, de préciser, une fois encore, les grands principes qui fondent ce métier d’avenir.

Dès les premiers balbutiements de l’orthophonie naissante, les inventeurs de cette nouvelle discipline affirmaient son originalité. Ainsi, à leurs yeux, l’orthophoniste n’était pas seulement un accoucheur de mots, un réparateur de parole cassée, un reconstructeur de langage ou un éveilleur du sens, mais bien un clinicien thérapeute, citoyen et humaniste, au cœur d’une relation empathique, nouée dans un dialogue respectueux, de personne à personne, malgré et au-delà du handicap. Sa vocation et sa mission thérapeutique s’inscrivent dans un principe positif simple : l’orthophoniste doit considérer le patient qui lui est confié dans la globalité de son histoire, et prendre appui sur ses savoirs et ses expériences accumulés (ou en cours de construction chez l’enfant), afin de faire émerger toutes ses potentialités existantes ou enfouies, dans le but d’aider à la reconstruction de son langage, dans sa relation avec l’Autre. En clair : ne pas prendre en compte ce que cette personne ne peut plus faire, dire ou écrire mais développer tous les « gestes » qu’elle peut encore faire, dire ou écrire sous toutes leurs formes sensorielles, perceptives, motrices, cognitives et affectives ! Ainsi, et malgré la gravité des pathologies dont il souffre, le patient restera-t-il l’auteur essentiel de sa propre remédiation et de sa résilience, comme le dit Boris Cyrulnik !

Placé, de fait, au carrefour des sciences médicales et humaines, l’orthophoniste est un praticien de synthèse, solidement enraciné dans ses connaissances et dans ses compétences, ouvert à tous les progrès de la Science, inventif de toute méthode, exigeant envers lui-même et lucide sur ses propres limites. Il doit allier la plus grande rigueur méthodologique à « l’esprit de finesse » le plus élaboré et le plus créatif. Ses approches thérapeutiques seront, certes, diverses et variées, mais fermement liées à la démarche hypothético-déductive, construite sur la rigueur scientifique, sur l’intuition clinique raisonnée, et sur le doute, fondements de toute démarche scientifique. Cette rigueur et cette intuition sont nourries par son irremplaçable expérience et par sa vision globale des problématiques rencontrées pour aider à restaurer une communication humaine lourdement altérée. Elles apportent, ainsi, aux dynamiques de Recherche, l’indispensable savoir clinique de la pathologie qui pourrait manquer aux modèles théoriques. L’orthophoniste, thérapeute, est véritablement, par ce fait, un praticien-chercheur !

La mission citoyenne de l’orthophoniste est de favoriser la réhabilitation et la réinsertion du patient, quelle que soit la gravité de son déficit ou de son handicap, dans son environnement familial, social et culturel.

Loin de s’isoler dans son savoir-faire, l’orthophoniste vit et travaille dans la Cité. Il prend toute sa place dans la réalité sociale et culturelle de ses lieux de vie : en milieu hospitalier, en institution spécialisée ou en cabinet libéral conventionné. Il s’intègre dans toutes les équipes pluridisciplinaires au sein desquelles il apporte sa spécificité et sa sensibilité.

Du fait même de la particularité de ses interventions thérapeutiques, l’orthophoniste construit autour de la personne qu’il soigne de véritables réseaux d’écoute, d’échanges, d’action et d’évaluation, intégrant en priorité la famille et, dans la mesure du possible, tous les autres acteurs de la vie du patient : enseignants, relations de travail, de loisirs et de culture…

Aujourd’hui, l’orthophoniste participe aux diverses campagnes d’intérêt national (autisme, Alzheimer, cancer, AVC, illettrisme, échec scolaire…). Il intervient dans les actions de prévention et de dépistage précoce qu’il a souvent organisées lui-même et dans certains programmes de réussite éducative. Citoyen engagé, l’orthophoniste participe aussi aux actions d’accueil et d’intégration des enfants bilingues issus des différentes migrations humaines, prenant en compte la particularité et la souffrance de ces enfants. Enfin, compte tenu de l’évolution de notre société et du développement de certaines pathologies, l’orthophoniste est de plus en plus conduit à susciter localement des programmes de formation auprès des entourages familiaux de certains patients pour les aider dans leur difficile tâche d’accompagnement de la vie quotidienne ou de la fin de vie…

Cet acteur de santé, généraliste dans sa discipline, peut et sait intervenir « à tous les âges de la vie » ! Pour lui, le patient n’est pas un cas, ni un objet d’études, ni un symptôme, mais une personne responsable, autonome et libre.

Dans cette optique, la relation que l’orthophoniste noue avec la personne est authentiquement humaniste, dans le sens où elle reconnaît que la dignité humaine est la valeur suprême et doit être sans cesse favorisée et défendue !

Chaque jour, du seul fait de son déficit ou de son handicap langagiers, le patient, enfant ou adulte, parce qu’il n’est pas ou plus dans la « norme », court le risque indigne de l’exclusion. Pendant longtemps n’a-t-on pas confondu et assimilé la surdité ou l’autisme à la débilité ? Écarté tout « déviant » des cursus scolaires ou professionnels ? Classé certains troubles de langage parmi les maladies mentales ?

Dans sa relation thérapeutique intersubjective, l’orthophoniste ne réalise pas seulement une action de technicien, mais construit et co-construit des liens fondés sur la responsabilité du patient, cette responsabilité dont Emmanuel Levinas dit qu’elle est « le fondement de la subjectivité », la responsabilité d’être l’acteur de sa propre remédiation, c’est-à-dire un sujet pensant et agissant !

Dans sa relation thérapeutique intersubjective, l’orthophoniste s’appliquera à aider la personne à reconquérir l’autonomie la plus forte possible, celle qui lui permettra d’essayer de surmonter le handicap, de penser et d’agir par elle-même, en utilisant tous les moyens de retisser des liens, fussent-ils si fragiles, avec ses milieux, ses projets, son futur !

Dans sa relation thérapeutique intersubjective, l’orthophoniste insufflera chez le patient un nouveau plaisir de rencontre, de dialogue et d’échanges… un nouveau « désir d’être » ! Le langage, même abîmé mais reconstruit, n’est-il pas la meilleure voie pour redécouvrir notre propre humanité ?

L’on a pu dire de la thérapie orthophonique qu’elle est « un dialogue éthique à tout instant ». Dans ce sens, ne rend-elle pas au patient sa plénitude de sujet parlant, enfin reconnu dans sa singularité comme dans son altérité, c’est-à-dire la part essentielle de sa liberté ?

Certains d’entre nous ont récemment désigné le rôle moderne de l’orthophoniste comme celui d’un « passeur » : passeur de mots, passeur de signes, passeur de sens et de communication…

Dans nos sociétés de communication exacerbée où, paradoxalement, les relations humaines paraissent se « détisser » de plus en plus, l’orthophoniste, inscrit dans la temporalité spécifique du soin, n’est-il pas aussi un « passeur d’espoir » ?

Pierre Ferrand
Orthophoniste, président (et président d’honneur) de la Fédération nationale des orthophonistes (1977-1986), chargé d’enseignement au département d’orthophonie de Toulouse.

Étudiants et professionnels en orthophonie, enseignants dans les domaines des sciences du langage, des neurosciences, de la linguistique, de la psychologie et de la pédagogie.

Les trois coordonnateurs sont chargés d’enseignement au département d’orthophonie de Nancy.

• Jean-Marc Kremer est orthophoniste, chargé d’enseignement au département d’orthophonie de Nancy.

Emmanuelle Lederlé est orthophoniste, docteur en sciences du langage, chargée d’enseignement au département d’orthophonie de Nancy et d’Amiens.

Christine Maeder est orthophoniste, psychologue, docteur en sciences du langage, chargée d’enseignement au département d’orthophonie de Nancy.

Ils se sont entourés d’orthophonistes, enseignants, chercheurs pour certains, reconnus dans leurs milieux professionnels et universitaires, mais aussi d’enseignants-chercheurs dans d’autres disciplines.